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A posteriori, a priori - Page 8

  • Justin Case (Tome 1) de Jean-Luc Bizien - Editions Grund

    justncase tome1.jpgUne fois n'est pas coutume, la plume a été donné à deux enfants pour rédiger une petite chronique. Avec leur accord, et celui de leur maman, car il s'agit d'un frère et d'une soeur, ils se sont prêtés au jeu du chroniqueur en herbe. Je les remercie de leurs mots et de leur analyse du livre et du temps qu'ils ont bien voulu consacrer à la lecture et à la rédaction. Avouons toutefois, que ces deux charmants bambins, Lou 11 ans, et Hugo 13 ans, sont des accros de la lecture depuis leur rencontre magique, il y a quelques années, avec une enseignante qui n'est autre que moi. Non, je plaisante, quoique.. 

    Lou et Hugo baignent depuis leur plus jeune âge dans un monde artistique, entre lecture, musique et création. Merci à leur maman, mon amie, pour avoir donné ce goût de lire à ses enfants. Lou dévore les romans à onze ans à peine. Après une rencontre littéraire avec Anna Gavalda, elle lit maintenant Maupassant. Quant à Hugo, passionnné des mots, il est à l'origine d'une réécriture du magicien des couleurs en un "Magicien des mots", voici huit ans, dans ma classe. A l'occasion, je publierai cette réécriture formidable. 

    Pour l'heure, ils m'ont envoyé via mail leurs ressentis sur le premier tome de Justin Case de Jean-Luc Bizien. Il me paraissait intéressant de vous livrer leurs textes, car pour une fois, la critique d'un roman de littérature de jeunesse est faite par des jeunes. Chose rare. 

    Pour Hugo, 13 ans

    Bon livre avec une bonne intrigue.Les petits jeux et notes entre chaque chapitre sont plutôt amusants et permettent de faire un point sur l’enquête. Par contre trop de phrases non terminées et interrompues par le changements de chapitres mais bon excellent livre dans l'ensemble

    Pour Lou, 11 ans

    J'ai bien aimé ce livre ( même si il y a quelques trucs que je n'ai pas compris, trop de noms de villes en anglais )  car l'histoire est intéressante, originale et que la ville est  très bien décrite. Il y a une assez bonne intrigue, et des personnage originaux. Bref c'est un très bon livre.

    Lou dessin.jpg

    Lou passionnée de lecture, et très douée pour le dessin, nous livre ici un petit chef-d'oeuvre artistique d'une auteure en plein travail ;-) 

    En conclusion : filez acheter Justin Case de Jean-Luc Bizien. 

    Merci à Lou, Hugo, Vanessa et Caroline Obringer. 

     
     
     
  • Une nouvelle ère : Gérald Cohen

    Couv_def.jpgVous ne pouvez pas ne pas connaître Gérald Cohen. Cet homme quadragénaire (si, si je vous assure) évoluant dans le monde de la mode, créateur de la Babybrand, inovateur, passionné et passionnant. Son Arianne s'appelle Laure. 

    Nos deux mondes opposés se sont rencontrés via le réseau social Facebook, via une amie commune, auteure, et tout ça pour une paire de lunettes que Sophie à Cannes portait et que j'enviais : des Cutler and Gross.

    Le virtuel s'est alors révèlé déclencheur d'amitié entre nous. Quand le publiciste parisien rencontre l'enseignante niçoise. Depuis lors, nos échanges sont humour, politique, écriture, mode...Le monde de Gérald quoi. 

     

    Si aujourd'hui, je consacre à Gérald un premier billet, c'est pour qu'à votre tour vous fassiez connaissance avec cet homme complexe, amateur d'humour, ayant l'oeil vif sur tout ce qui l'entoure : la mode, la politique, l'humain, les filles, la vie parisienne. Son sens du détail, ses critiques vives déplaisent à certains, mais si l'on est doté d'un minimum d'intelligence et de finesse, alors on ne peut qu'adhérer au monde de Gérald. 

    Sous ses faceties, Gérald en a dans sa trombine. Il a donc décidé de prendre sa plume pour nous livrer une analyse pertinente de la mode, révélateur du monde qui change. Mais comme Gérald ne peut faire les choses comme tout le monde, il n'a pas opté pour le support papier, pour le livre, mais pour le net. Sa plume vive, grinçante, parfois dérangeante vous ménera de Barak Obama, à Chanel, en passant par Zadig et Voltaire, le luxe, l'amour... Bref, l'analyse de Gérald est pertinente, habilement formulée, et vous dessine au bord des lèvres un sourire. 

    Je vous laisse donc découvrir son oeuvre épistolaire, qui au-delà de ce que je viens d'énoncer a un avantage pour tous, on peut lire dans le désordre. Les chapitres se suivent mais ne se ressemblent pas. On peut surfer de la lettre A à la lettre Z, de la lettre Q à la lettre X. 

    Pour ma part, mais cela reste très confidentiel, j'ai un faible pour la préface de ce livre. 

    Je vous souhaite une très belle lecture, vous invite à partager vos impressions, et vous donne rendez-vous ici : http://www.wildwildbaby.com/

  • Vanessa Paradis, La vague à l'âme - Erwan Chuberre Saunier - Editions Didier Carpentier

    vanessa paradis.jpgDans une année civile, entre romans français et étrangers je dois lire un à deux bouquins retraçant la vie d'une star. Non pas par voyeurisme, mais plutôt par goût pour l'artiste. Ce fut le cas en 2011 avec le fabuleux Kissing my song de Nicola Sirkis et Agnès Michaux. 

    En ce début d'année 2013, mon choix s'est porté sur Vanessa Paradis. Une artiste contreversée, mais une artiste qui a bercé mon adolescence, et qui a toujours été présente dans ma vie. Ado, je n'étais pas fan de son Joe le Taxi, lui préférant "T'en vas pas" d'Elsa. La chanteuse qu'elle est m'a interpellée avec son deuxième album signé par le grand Serge. Puis Noce Blanche m'a bouleversée.

    Je ne sais précisemment ce qui m'a poussée à lire un tel livre, mais j'en ai été ravie. On découvre une femme simplement, une fille qui a du caractère, qui n'a jamais baissé la tête, qui a su se relever de chacune des attaques qui lui ont été faites. Je ne peux que lui dire Bravo et Respect. 

    Erwan Chuberre Saunier n'en est pas à sa première biographie d'artiste femme. Il a ce don de ne pas s'infiltrer dans la vie privée de l'artiste, il dévoile ici et là quelques pans de la vie hors des lumières du show biz. Il manie habilement la plume et nous livre donc un portrait doux de Vanessa Paradis. Le tout est agrémenté de témoignages de proches, de collaborateurs. Les mots sont sussurés, comme Vanessa sussure ses chansons. 

    Tout au long de son récit, on apprend aussi quelques anedoctes sympathiques et qui ne relèvent pas de Closer ou Voici. Grâce à Erwan j'ai enfin pu savoir où j'avais déjà vu le visage de la femme de Frédéric Diefenthal dans Taxi, elle était la guitariste seins nus dans le clip Tandem.  La plume est intelligente. Les anedoctes sont nombreuses, et en refermant ce livre, mon idée première est la bonne. Vanessa a été sali par la presse, et par un public qui la détestait par pure jalousie. Bravo à elle d'avoir su si bien rebondir, d'avoir pris les bonnes décisions. On l'excuse de quelques unes de ces maladresses, on a de la tendresse pour ses parents et sa soeur. Vanessa, une vraie tigresse au fond, qui ne s'effondre pas à la moindre insulte, mais au contraire qui en font sa force. 

    Ce livre retrace donc vingt-trois ans de carrière d'une artiste entière, aussi douée pour le chant que pour le 7ème art. Une artiste atypique, belle, rayonnante, douée et douce. 

    Un livre à offrir à toute personne qui aime bien l'artiste, le monde du cinéma et de la musique sans avoir un oeil de voyeurisme et de langue de vipère. 

  • Deuxième nouvelle du jeu-concours

    Cette petite nouvelle m'a carrément plu, sous cette plume se cache un écrivain en herbe qui gagne à être connu, mais qui ne veut pas être connu. Le paradoxe de l'écrivain ? Je ne sais pas, mais je vous livre ces mots à lui, et vous laisse libre de tout jugement.


     Je suis méchant. Foncièrement méchant. Il y a quelque chose de viscéral, de maladif dans ce comportement mais je ne peux m'empêcher de faire mal, de blesser les gens, et cela de manière tout à fait gratuite.

            Au commencement, pendant mon enfance, je me contentais de maltraiter mes petits camarades... je me moquais de leur physique, de la voiture de leur parents... je balbutiais dans ce rôle d'emmerdeur, timidement. Et puis, au fil des années, expérience aidant, j'ai pris du grade, j'ai acquis une certaine renommée. On me considérait comme l'empêcheur de tourner en rond mais ce n'était pas suffisant! J'avais soif de reconnaissance.
            Il faut que je vous avoue quelque chose :  je ne pouvais malheureusement pas me consacrer à plein temps à ma passion, je devais travailler à côté, je devais gagner de quoi financer les lubies de ma méchanceté alors, mon entrain n'était pas toujours total, je commençais à stagner. Heureusement, j'ai découvert l'astrologie et ça m'a sauvé la vie. Sans rire! Je ne vais pas vous mentir, tout cela, je n'y crois pas ! Pas une seconde ! J'abhorre totalement cette infâme fumisterie de bonnes femmes qu'est l'horoscope. Interpréter les mouvements des astres pour prédire ce que sera notre journée... Impensable ! Par contre, je voyais bien comment les femmes, dans leur ensemble, réagissaient à la lecture de ces quelques lignes négligemment jetées à même le papier. Oscillant entre émerveillement et déception, on aurait dit que leur vie dépendait de ce qu'elles lisaient... Enfin, bref, venons-en au fait ! Donc, j'ai lancé, sur un coup de tête, l'IAA — International Agency of Astrology —, une sorte d'AFP de l'horoscope ! Que je vous explique l'idée machiavélique : distiller au sein d'un anodin bulletin — censé donner de l'espoir — une infime dose de perversité afin de gâcher le plaisir que les lectrices et lecteurs pourraient en retirer. J'étais fier de moi, fier de mon idée. Après avoir établi une structure pouvant convenir à tous les signes astrologiques, à tous les décans, j'ai démarché les magazines féminins, les programmes télé... et ai pu commencer à diffuser ma vilénie dans tous ces médias ! J'ai rapidement pu quitter mon travail pour ne plus me consacrer qu'à l'IAA ! J'étais pleinement épanoui ; je me trouvais être, lors de la rédaction des horoscopes, pris dans une transe inouïe ! C'était jouissif, je me régalais. Et ce n'était pas tout ! Une fois cette étape finalisée, je me postais dans un quelconque café pour regarder l'affliction assombrir le visage de ces femmes à la découverte de mes malignités ! Une explosion de bonheur, j'étais comblé !
            Voilà comment j'ai atteint le paroxysme de ma méchanceté, grâce à vous mesdames, je vous remercie pour votre crédulité.

  • La nouvelle d'Angélique, gagnante du jeu concours Flammarion

    Je sais je suis super, méga, hypra en retard... Aucune excuse valable, quoique Angélique sera peut être contente de se lire quelques longs mois après sa participation. Je tiens à préciser que tous les livres ont été remis aux gagnantes et gagnants, en respectant tant que possible leur propre signe astrologique. Encore mille mercis aux Editions Flammarion pour leur partenariat et leur confiance. 


    Aujourd'hui, je vous livre donc deux nouvelles reçues pour ce concours lancé en juin http://aposterioriapriori.hautetfort.com/archive/2012/06/18/grand-jeu-concours-en-partenariat-avec-les-editions-flammari.html


    Lundi matin. Levé difficile. Je sens que j’ai un peu abusé ce week-end.  J’ai encore des relents de vodka, de vin rouge et de manzana … Mes cheveux sentent le tabac… Le maquillage de la veille qui a coulé sur le visage… La semaine s’annonce difficile. Un moyen de le vérifier : dernière page du journal, session horoscope.

     

    « Poissons : Santé : Attention, la fatigue vous rend aggressif(ve). Vous aurez tendance à chercher la bagarre avec tout le monde » Flash d’hier soir… Il me semble avoir giflé un mec à l’anniversaire de Sophie. Une sombre histoire de divergences politique… Ne jamais parler d’élections avec des inconnus.

     

    « Travail : Ne comptez pas sur les autres pour régler vos problèmes professionnels, ils seront contents de vous voir ennuyé(e)»… Surtout cette connasse de Juliette. Je l’ai surprise vendredi en train de se payer ma tête car je me faisais engueuler par le patron. Je crois que si j’avais une poupée vaudou, je commencerai par lui couper la langue à cette vipère.

     

    « Amour : En couple, l’accord devrait être parfait » Enfin quelque chose de positif ! Manque de bol, je suis célibataire depuis un an. Et avec la tronche que je me paye aujourd’hui, je vais le  rester un moment.

     

    Finalement, je crois que ce n’était pas la meilleure des idées de lire cet horoscope. En plus d’avoir la gueule de bois, je me retrouve avec le moral à zéro.  Le mieux à faire : appeler mon médecin pour lui prétexter une angine et ne pas me rendre au bureau. Mon lit sera mon compagnon de la journée. Un ami fidèle sur qui je peux compter….

  • Et n'attendre personne - Eric Genetet - EHO

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    Eric Genetet n'en est pas à son premier roman, mais son deuxième à en croire la quatrième de couverture. Pour moi, il est une découverte de cette nouvelle année 2013. Comment Eric a-t-il rejoint quelques uns de ses camarades dans ma bibliothèque ? Par Facebook, et principalement grâce à Harold Cobert, auteur que j'affectionne.

    En cette fin du mois de Mars, alors que le printemps annoncé officiellement n'est point visible, je reçois, après commande sur internet (Ne me grondez pas, mon libraire préféré de Nice a fermé ses portes, et mon état ne me permet pas de me déplacer), "Et n'attendre personne" un certain samedi matin.

    Le livre rejoint ses camarades, au nombre de 14, sur l'étagère "A lire". Il n'y restera pas longtemps, car je suis de ses personnes qui préfèrent lire un livre dont on parle peu (médiatiquement parlant) que lire un livre qui jouit d'une publicité "juste trop". 

    D'emblée on reconnait la marque de fabrique des Editions Héloïse d'Ormesson, un cachet à part, propre à cette petite maison d'édition qui regorge de talents. La photographie de l'auteur est en adéquation avec celle apparaissant sur Facebook, chouette je n'ai pas à faire à un mec qui trafique son portrait. 

    Mes doigts glissent sur les pages pour les tourner vivement, mes yeux sont attirés par tous ces jolis mots si savamment mariés, unis entre eux, et mon coeur bat la chamade au fil des pages. Alberto, Isabella et Manu m'entraînent dans leur vie. 

    Alberto est le mari d'Isabella, et le père de Manu. Donc Isabella est la mère de Manu. Jusque là, tout va bien. Sauf que voilà, Alberto et Isabella c'est plus tout à fait ça. Faut dire que ça fait vingt ans qu'ils vivent ensemble, ils ont eu un fils, leur couple est un modèle aux yeux des autres. "Si la vie était un courbe accidentelle, depuis ma rencontre avec Isabella, la mienne s'avérait géométriquement parfaite".  Mais un jour Manu décide de s'envoler, de quitter le cocon familial et de partir à ..... New York. C'est pas la porte à côté, et puis c'est un choc pour les parents. Surtout pour Alberto. Tandis qu'Isabella prend la nouvelle avec optimisme "Le départ de Manuel me chamboule, mais c'est aussi une libération pour moi. J'ai le sentiment d'avoir accompli ma mission, d'avoir le droit de prendre de vraies vacances, de penser à moi", Alberto vit cette annonnce comme un séisme intérieur. Le doute, la peur s'installent en lui. Sa femme n'aurait-elle pas un amant ? "Savoir si elle me trompait ne m'intéressait pas. Nous étions heureux depuis si longtemps, et j'étais assez d'accord avec Cyrano de Bergerac qui préférait être cocu que jaloux. Au bout de vingt ans, il est délicat de laisser l'autre embarquer dans une aventure. Le contraire serait de l'imprudence". 

    Alberto tente alors de vivre, de se prouver un je-ne-sais-quoi, et se retrouve alors avec une belle femme, plus jeune que lui, avec qui un jeu de séduction est mis en place de manière inconsciente, mais surtout sans passage à l'acte. Il ne trompe pas Isabella. Avec son pote Benjamin, il décide de faire l'ascension du Mont Blanc sans aucune préparation sportive simplement pour se "prouver que je n'étais pas un encore un vieux con glissant aveuglément sur la piste noire dela deuxième partie de sa vie, ni un vieillard vidé de ses forces". 

    Ce roman c'est donc l'histoire d'un mec quadragénaire qui perd tous ses repères, ceux de père, ceux de mari, ceux d'homme. Il ne sait plus au fond. Au fil des pages, on partage avec lui ses joies, ses peines, ses colères, ses décisions, ses incertitudes, son quotidien. Tout cela balayé par une simple annonce du fils. Le fils qui part. On découvre alors la relation d'Alberto avec son propre père, peut-être fera-t-il le même chemin que lui, peut-être pas. Cela je vous laisse le découvrir, car il faut lire ce doux roman court mais oh combien grinçant de vérité, alerte, vif et brut. 

    A la lecture de la prose d'Eric Genetet, j'ai été happé par Alberto. Je comprenais cet homme, ses choix, ses angoisses, ses décisions, pas toujours faciles. Alberto est attachant, on a parfois l'envie de le secouer un peu plus, de lui dire "Stop", et en refermant le livre on est heureux pour lui, pour son fils Manuel et pour Isabella. 

    Je vous connseille donc vivement d'acquérir ce livre, car au-delà de la trame narrative, l'auteur maîtrise l'art de raconter, de partager. 

    Une très belle découverte en ce mois de Mars. 

  • De retour

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    La quarantaine en poche, depuis peu, je me relance dans l’aventure humaine qu’est   »être une  blogeuse ».

    Une aventure commencée voici quelques années grâce à l’ enthousiasme que mes amies et amis ont su infiltrer dans mes petites veines. Partie sur les chemins sinueux du blog et de la communication virtuelle,  je ne croyais point en ce nouveau système de communication, et me demandait qui irait lire les quelques mots que j’avais à souffler suite à la lecture de romans. Je me trompais, et force a été de constater que vous étiez très nombreux à suivre mes petites chroniques littéraires.

    Une aventure qui s’est éteinte, de par ma faute et les aléas de la vie, en juillet 2012. Pas vraiment éteinte par ailleurs, puisque vous avez été nombreux à me demander à quand mon prochain petit billet.

    Ma vie professionnelle quelque peu chamboulée en septembre, un été consacré au spectacle, je n’ai pu alors écrire un seul mot suite à mes lectures qui elles ne se sont pas éteintes.

    Puis, ce 27 décembre tout est chamboulé. Ceux et celles qui me suivent sur facebook, et qui me connaissent, savent que j’ai été victime d’un accident de la route qui m’a cloué, et me cloue encore aujourd’hui, au lit. Interdiction formelle de marcher, incapacité à bouger une de mes jambes, et la vie qui reprend alors un autre sens, un autre virage.

    L’évidence, écrire et partager avec vous me manque. Alors je me promets de me remettre au plus vite à ce doux partage autour de quelques romans, connus ou peu connus.

    Me voici donc de retour, avec quelques surprises, et aussi beaucoup de retard dans mes chroniques. Mais soyez rassurés, ou pas, mes journées sont longues et le retard va vite être rattrapé.

    Et puis comme toujours, je ne peux m’empêcher de remercier ces gens qui dans l’ombre ont toujours été présentes

    Merci donc à Vincent, mes enfants, Guillaume, Barbara, André,  Pierre, Gilles, Brigitte, Fabienne, Catherine, Akli, Anita, Vanessa, Corinne, Bryan, Angélique, Laurent, Fabrice, Agnès, Michelle, Marie, Kévin, l’insatiable Charlotte, Sophie, Anick, Elisabeth, Gérald, Lili, Stéphane.

  • La nuit pacifique - Pierre Stasse - Flammarion

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    Ma première rencontre (virtuelle et littéraire) avec Pierre s’est déroulée dans les méandres de Buenos Aires, au détour d’un séjour à L’hôtel Argentina. C’était il y a deux ans, en janvier 2011. Puis, notre rencontre réelle en mars 2012 au Salon du Livre de Paris, où je lui demandais à quand son prochain roman, tellement j’avais été touchée par sa plume et son art de marier les mots entre eux.

    Mon voeu est exhaucé en ce début d’année, alors que je suis condamnée à être alitée, et à ne point bouger. A défaut de jours pacifiques, je me plonge dans « La nuit pacifique », fébrile de découvrir la Thaïlande sous la plume stassiène qui m’a quelque peu manquée en 2012.

    Une couverture simple, sobre, tout comme la quatrième de couverture où l’éditeur nous rappelle oh combien Pierre Stasse est un charmant jeune homme, charismatique et dont le visage est le reflet d’une douceur étrange.

    Sur les routes de la Thaïlande, pays que je ne connais absolument pas et qui à vrai dire ne m’intéressait pas jusqu’alors, et sous la plume de Pierre, je vis les heures, les journées d’Hadrien Verneuil. Je voyage en Thaïlande, mais je suis avec lui, flottant au dessus de lui. Je suis ses yeux, je suis ses jambes, je suis son coeur… Un sentiment que j’avais déjà ressenti à la lecture de « Hôtel Argentina ».

    Ce trentenaire français a fui la France, en emportant avec lui le décès brutal de sa soeur Cécile, voici vingt ans. Il y pense à l’approche de la date anniversaire de cette perte humaine qui l’a meurtri à jamais. A Bangkok, Hadrien dirige une société de retouche photographique, Improved Numeric Life Company, avec Vichaï, dit Vic, un ukrainien.  Ensemble, ils numérisent, retouchent, améliorent, redonnent vie, habitent l’image (page 13), et puis avec l’image ils paient en nature la police thailandaise, en effaçant quelques sacs de drogue sur les clichés des diverses saisies.

    Hadrien est rongée par le  suicide de sa soeur Cécile. Il avait quatorze ans, elle seize. Elle fréquentait un homme beaucoup plus âgé qu’elle. Elle raconte à son jeune frère ses ébats sexuels  dans lesquels le sentiment amoureux n’a pas de place. Pierre Stasse décrit avec force, douceur et précision ces moments intimes. On n’est ni offusqué, ni gêné car les mots sont habilement maîtrisés.

    Vichaï, l’associé, lui propose de travailler pour un politicien du pays. Hadrien n’adhère pas vraiment mais acceptera le projet. Un projet qui va le mener dans les méandres de son passé.

    Au fil des pages, on découvre une Thaïlande pauvre (le Nord), une Thaïlande en guerre où les crimes les plus odieux ont lieu (le Sud) et un Bangkok à part. L’auteur, à travers le narrateur qu’est Hadrien, nous informe de ce pays, qui n’est qu’image. Une image donnée au-delà de ses frontières qui est loin d’être la réalité. « La Thaïlande était le régime de l’image. Même le roi lui appartenait. Et rien, absolument rien, ne devait jurer avec la cohérence de  l’image. Tout s’y modifiait. S’y créait puis s’y retouchait. (p170) »   »Chaque jour, Hadrien, chaque jour, ils tuent des gens. En Europe, on ne le dit pas. On parle des plages, des mangues et des putes. Pas des bombes ou des assassinats. On ne dit rien. (p89) »

    Hadrien m’embarque avec lui. Je suis par moment contrainte de lui dire « Stop », le temps de pianoter sur mon Ipad pour situer tous ces lieux traversés, photographiés, car je ne connais pas la Thaïlande et la précision de l’auteur ne me permet pas de passer outre. Il me faut situer tous ses endroits, comprendre. De recherches géographiques, en recherches pédagogiques et économiques sur ce pays, je suis maintenant, moi lectrice, partenaire d’Hadrien.

    Avec lui, je combats en plein Bangkok, je tombe amoureuse de Nittaya, je suis confrontée au Docteur Malle… Comment vais-je réagir quand soudainement je vais découvrir le visage de celui qui est la « cause » du décès de Cécile ? Car, oui, au-delà de toutes les descriptions très subtiles, vraies, justes et incisives des paysages, de la population, des combats de boxe et de l’économie de ce pays, Pierre Stasse nous mène par le bout du nez, ou plutôt de sa plume, dans une aventure humaine dont lui seul a le secret.

    Cécile s’est-elle vraiment suicidée ? Cécile a-t-elle été victime d’un atroce meurtre commis par son homme plus âgé qui abusait d’elle ?

    La vérité n’est-elle pas, pour Hadrien, tout simplement une retouche de la vraie réalité ? Tout n’est-il pas qu’illusion comme le turquoise ?

    Pour cela, plongez-vous dans « La nuit pacifique », et je vous garantis des heures de bonheur, des mots subtils, des émotions et le plaisir de lire.

    Je suis encore sous le charme littéraire de Pierre, ce troisième roman est une merveille, une perle.

    Merci Pierre pour ces quelques heures, merci Guillaume, aussi.

  • L'Enfant de Calabre de Catherine Locandro - EHO

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    Nouvelle année, nouveaux romans au rayon de mon libraire niçois et mon choix se porte en particulier sur L’enfant de Calabre pour plusieurs raisons : je suis niçoise d’adoption depuis trente ans, je connais (un peu) Catherine, l’auteure, et j’adore l’Italie. Trois bonnes raisons à laquelle rajoutons que les précédents romans de Catherine m’avaient emballée par une plume juste, vive, fine et douce.

    Au cours des premières pages je suis un peu perdue :

    • 1937 – 1954 – 2011,
    • l’Italie, l’Indochine et Nice
    • une femme que l’on enterre comme une paria « Quelques mots d’un prêtre ont peut-être précédé cette ultime punition, ce reniement absolu de ce que tu avais pu être, de ton existence toute entière »
    • Lui qui vit la guerre d’Indochine avec Mattéo à Diên Biên Phu, « Lui vivait comme un insecte, sous terre, dans des alvéoles qui menaçaient à chaque tir d’obus de s’effondrer pour l’ensevelir. Une termitière à échelle humaine cernée de collines sombres », et, 
    • Frédérique, niçoise, trente neuf ans « Et puis trente-neuf ans, c’était une sorte de non-âge. Tant qu’à être arrivée jusque-là, autant atteindre la quarantaine ».

    Puis au fil des deux cent soixante-huit pages, tout s’éclaircit, tout se confond, tout s’enchevêtre, tout est suspens, émotions, rires, pleurs, douleurs et douceurs. Un succulent mélange de sensations qui s’insinuent en moi, lectrice. Un livre qui parle pas d’amour mais des Amours avec une sensibilité poignante.

    Frédérique, narratrice et héroîne, est attachante. Je suis à ses côtés, je vois ce qu’elle voit, elle se dessine sous mes yeux. Je saurai la reconnaître parmi tous les touristes niçois qui déambulent en cette période de Carnaval à Nice. Extraordinaire coincidence que je lise ce livre qui se déroule au mois de février à Nice, en plein mois de Février. J’aimerai être l’amie de Frédérique. Comme elle, petite j’étais très intriguée par ce panneau « Détective Privé » affiché au troisième étage d’un immeuble d’angle de la zone piétonne. Je me disais que c’était un mensonge. Dans mes souvenirs, et ceux de Frédérique sont les mêmes, un détective ne devait être vu (comme dans le Club des Cinq), alors pourquoi afficher aux yeux de tous son existence ?

    Frédérique pousse les portes de cette agence particulière pour retrouver cette inconnue blonde qui avait le pouvoir de faire sourire son père, Vittorio dit Vitto. Cette blonde  présente sur un cliché trouvé en rangeant les affaires de sa mère, lors de son décès. Qui est cette femme avec son père ? Pourquoi l’air de son paternel est un air qu’elle ne lui a jamais connu ? Au dos de la photographie, le nom de l’agence. Pourquoi ? Une multitude de questions s’emparent de Frédérique, elle veut savoir, poussée par on ne sait quel motif, mais poussée par l’envie de savoir qui elle est, elle Frédérique.

    Catherine Locandro nous mène sous sa plume vive, sous ses mots recherchés et sa syntaxe douce mais oh combien puissante, de Nice à Gênes, avec des travelling arrière en Indonésie. Nous découvrons la guerre d’Indochine du point de vue de ses deux soldats italiens qui sont unis comme deux amis, deux frères. Ils vont vivre ensemble cette guerre, connaître la peur, la faim, la honte, la souffrance mais non ils ne vont pas mourir car quelqu’un les attend quelque part. C’est leur motivation cette correspondance avec ces deux jeunes filles italiennes. Lui va vite cesser cet échange épistolaire de part sa promotion au sein du bataillon, et de part une non-envie d’écrire. Mattéo va continuer à coucher les mots sur des bouts de papier pour Barbara, fille mère de dix sept ans, avec qui il échange. Puis tout s’arrête. Barbara a trouvé un homme en Italie, l’annonce à Mattéo, qui ne sait  donc plus pourquoi il continue à vivre. Lui « était un revenant, condamné à errer au milieu des vivants. Il lui arrivait encore de le croire ». Au-delà de ce flash back en 1954, de cette période de guerre, nous découvrons l’amitié fraternel entre deux hommes. Deux hommes pas très doués avec les sentiments, avec les mots mais oh combien humains, et tendres. Oui ils sont tendres ces deux-là, m’arrachant parfois quelques larmes.

    Frédérique est en quête d’identité au fil des pages. La peur l’envahit par moments, le  doute aussi. Elle veut comprendre, elle veut savoir ce qu’est son histoire, l’histoire de ses parents. Ce père qui l’aimait tant et qui était en adoration devant sa fille. Fille a qui il donne d’ailleurs le prénom francisé de sa propre mère. Cet homme qu’elle a connu ne présentait absolument pas le visage qu’elle voit sur ce cliché retrouvé. Qui était-il donc ?

    Catherine Locandro sait embarquer le lecteur dans les méandres des secrets de famille. Mais pas que.

    De ce roman, je retiendrais effectivement cette quête de soi nécessaire à tous pour vivre, s’aimer soi avant d’aimer autrui, se construire. Nous le savons tous. Un secret de famille  ne peut permettre  à la descendance de se construire comme il faudrait.  Mais ce n’est pas tant cette quête de soi qui m’a émue, je dirais même, au risque de décevoir l’auteur, certains blogeurs, et certains lecteurs, que cette recherche de vérité est seulement la trame du roman.

    Chaque page, chaque chapitre, chaque situation de ce roman est une ode à l’amour, aux sentiments vrais, à l’authenticité, et au respect de la vie de chacun. Catherine Locandro nous parle de l’amitié entre deux hommes, une amitié forte, irréelle même. Cette amitié rare, mais surtout masculine dont peu de personne parle. Oui, il existe aussi chez nos amis les hommes des émotions. Ils en sont capables, mais comme plus pudiques que nous les femmes, ils vous parleront d’amitié de bar, de fac, de lycée, de guerre… A travers chaque mot, chaque phrase nous palpons ce lien qui unit Lui à Mattéo.

    Et puis, fil d’actualité, Catherine pose des mots sur l’homosexualité, sur le regard des autres, et sur ce qu’en pensent les parents quand ils apprennent. Frédérique sera soutenue par son père quand elle lui apprendra qu’elle aime les femmes. Ce père accepte le choix de sa fille. Quelle belle leçon d’humanité et de tolérance.

    En bref, Catherine nous raconte la vie et surtout l’amour d’un oeil et d’une plume douce, criante de vérité, pudique mais oh combien incisive. Je referme le livre, heureuse et adoucie, troublée et émue. J’attendrais l’embellie pour rédiger ma chronique…Non, le 24 février est trop loin.

    Un livre à acquérir, à lire, et à partager.  

    PS : Deux pages ont été difficiles à lire pour moi, deux pages où Frédérique se pose dans ce bus qui l’amène là où habitaient ses parents, là où un 27 décembre 2012 ma vie a basculé. C’était mon chemin, et celui de Frédérique, vers une vérité. Nous avons eu le même chemin. 

  • J'ai vécu de vous attendre - Géraldine Maillet - Grasset

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    Ma dernière rencontre avec Géraldine Maillet remonte à l’année dernière, où la question qui se posait était « Il ferait quoi Tarantino à ma place ? » (éditions Flammarion). http://aposterioriapriori.hautetfort.com/archive/2011/12/07/noel-arrive-des-livres-encore-sous-mon-sapin-semaine-2.html

    J’avais très apprécié la vitesse à laquelle la plume de Géraldine se déplaçait. Une écriture facile, qui vous emporte. Des phrases courtes, un vocabulaire simple mais précis et juste qui cachaient les interrogations, les joies et les déboires d’une cinéaste qui courrait après les acteurs, les crédits, le personnel nécessaire pour réaliser un film.

    Nous nous étions quittées là, sur cette interrogation. Les mois s’écoulent, et pas de nouvelles.

    Janvier 2013, AFTER une année, le film est dans quelques salles parisiennes, Julie Gayet est restée aussi. Je ne peux le visionner de mon Nice ensoleillé, seuls les parisiens pourront découvrir le long métrage de Géraldine, mais je suis heureuse car elle a réussi. 2013 est donc une bonne année, qui plus est, Géraldine a repris sa plume pour nous livrer un « J’ai vécu de vous attendre » aux éditions Grasset. Chouette le mois de Janvier avec Madame Maillet.

    Le style est direct, la plume toujours aussi vive et rapide. Les mots courrent après les autres, le livre ne se lit pas, il se dévore. Au-delà de l’écriture propre à Géraldine, le fond du roman est tout aussi différent que son dernier roman.

    George Swington, la cinquantaine, une fille Lily, un fils Oscar, deux ex-femmes-amantes, Tamara et Frankie, une maîtresse Heather,  est contraint de rester à Paris. Il ne peut retourner à Londres comme prévu, les vols sont annulés par la seule faute d’un volcan islandais qui est entré en éruption.

    Coincé dans sa chambre d’hôtel, et dans ce Paris culturel et agréable, George revisite sa vie, les années passées, écoulées. De chapitre en chapitre, on découvre George. George père, George homme, George amoureux, et en simultané, George se découvre. Il se demande qui il est vraiment, ce à quoi il aspire. L’homme a cinquante ans, il parle avec ses ex, avec ses enfants, surtout Lily l’ainée. Il découvre sa fille sous un autre angle, ses ex aussi. Est-ce cette obligation de rester à Paris qui tend George à réfléchir sur ses relations avec les autres, mais avant tout sa propre relation avec lui-même. S’est-il menti, s’est-il trompé parfois ? Oui comme tout à chacun. L’auteur nous embarque avec elle, elle nous offre une place dans ce roman. Nous sommes là dans la chambre, l’oeil qui voit tout mais qui n’est vu de personne. C’est aussi cela, le talent de Géraldine. Une vision précise, et sous un angle particulier de l’homme, de l’être humain. L’oeil de la caméra, voilà en quoi Géraldine transforme son lecteur. 

    Un travelling-arrière s’enchevêtre avec le présent de cette chambre d’hôtel. George réalise qui il est, ce qu’il veut, ce qu’il ne veut plus, ce qu’il aime, ce qu’il n’aime plus.

    Sous l’encre de Géraldine s’ancre un George attachant, doux, honnête et lucide. Tout compte fait, cette éruption volcanique est aussi l’éruption du vrai George.

    Deux cent trente et une pages qui défilent, qui se plient, qui se dégustent, qui font sourire, et qui nous guident vers la découverte de soi. En refermant le livre, on souhaiterait être dans la situation de George. Une situation qui peut paraître difficile mais qui a permis à George de savoir qui il est vraiment. Une introspection divinement bien menée entre visites parisiennes, connexion Skype et Facebook, conversations téléphoniques, envois de mail, sympathie avec le personnel de l’hôtel.

    Géraldine signe là un doux roman qui se lit facilement, et qui nous mène au fond de nous-même, si l’on veut bien s’attacher à notre héros. 

    Quelques extraits

    • Dangereux pour moi. Parce que je suis en train de devenir quelqu’un d’autre ou enfin de devenir moi-même. (p61)
    • Je vais finir par repartir, alors. L’issue du combat est proche. George le Lucide est en train de terrasser définitivement George le Taciturne. J’assiste depuis trois jours au grand chambardement de mes planètes, à la rénovation de mon architecture intérieure, à une réconciliation, à un reparamétrage, à un tsunami dans ma base de données, mes contradictions se disciplinent dans une certaine harmonie. J’abats les troncs qui bouchent la vue. Ma noirceur s’irise. Mon misérabilisme me fait rire. J’ai de l’indulgence pour ma testostérone, ma calvitie est devenue tendance. J’ai piqué des sprints dans ma tête. Mon teinta rosi grâce à ce bol d’air climatisé. (p163)
    • Le couple d’en face s’est endormi devant la télévision. Il a la tête penchée en avant, elle sur le côté. Il a les bras croisés, elle les mains posées sur les accoudoirs. Finalement, ça ne ressemble à rien quand on dort à côté de la femme de sa vie. (p117)
    • J’ai envie de faire l’amour. Je dois manquer de tendresse. J’ai envie de marcher sur une plage. Je dois manquer d’espace. J’ai envie de plaire mais je ne suis plus séduisant. J’ai envie de me dépêcher, de prendre mon temps, de faire attention à ma ligne, de bouffer n’importe quoi, de changer toutes mes fringues, de mettre des photos de mes enfants partout chez moi, d’avoir 50 ans… (p189)

    Un beau roman, une belle histoire. Merci encore Géraldine, et succès à After.

  • La première chose qu'on regarde - Grégoire Delacourt - JC Lattès

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    Voici le dernier roman de notre cher Grégoire. Je l’ai attendu avec impatience et puis un jour, il est arrivé, tout emballé dans ma boîte aux lettre. Le roman, pas Grégoire.

    Comme à mon habitude, je fais tournoyer l’objet livre entre mes mains, mes yeux se posent ici et là, et puis vint alors cette envie incontrôlable de me nourrir des mots, des phrases. Me plonger dans ce roman qui m’interpelle. Comment Scarlett Johansson (actrice adorée de mon fils aîné) et Arthur Dreyfuss (un instant j’ai cru qu’il s’agissait de ce jeune auteur du « Livre qui rend heureux » http://aposterioriapriori.hautetfort.com/search/arthur%20dreyfus) peuvent se rencontrer en septembre 2010 ?

    Confortablement installée dans mon canapé, les rayons de soleil me caressent et me réchauffent à travers mes grandes fenêtres. Une bouteille d’eau, un critérium et ce troisième roman de Grégoire. Je tourne quatre feuilles, et commence alors le premier chapitre en page 11. Mon visage se crispe, mon corps se raidit. Le début commence mal. La plume de Grégoire est toujours aussi vive, rugueuse, alerte, la syntaxe y est quelque peu plus étoffée que précédemment, mais, mais je n’aime pas du tout cet Arthur. Il aime les gros seins, les fortes poitrines, dédaigne les petites poitrines. Merde alors ! C’est beau aussi une femme avec une poitrine menue, non mais !!!

    Ne te laisse pas aller Bérangère, ne sois pas en colère. Il s’agit d’un roman après tout. Oui, certes mais quand même. Les mots sont crus, les formes ne sont pas mises pour décrire justement ces formes généreuses.

    Au fil des pages, la lectrice que je suis oublie ces quelques premières pages, ode aux poitrines généreuses, et se laisse porter par Arthur, PP, Scarlett et Jeanine. Un bled paumé, des personnages paumés, mais moi je ne le suis pas (paumée). Au contraire, je me transforme en buveuse d’encre. Je suis aspirée par les mots, les personnages, les lieux, les émotions. Je suis là, avec eux, mais eux ne me voient pas. Est-ce cela la magie d’un roman ? Est-ce cela le talent d’un auteur ?

    Arthur et Scarlett vont vivre quelques jours ensemble, dans une maisonnette en retrait du village. Scarlett, loin de sa vie sous les paillettes, sous les feux des projecteurs, Arthur poursuit son boulot chez PP, garagiste. Ensemble, ils vont partager des moments authentiques. Leurs vies respectives vont s’imbriquer l’une à l’autre. L’occasion pour Arthur de retourner voir sa mère, internée malgrè jeune âge, suite à plusieurs drames. Quelques jours d’une vie hors du temps où tout est bonheur, magie et sérénité. Des journées où elle va se sentir « Elle », heureuse et vivante. Mais comme dans tout conte de fée, des éléments perturbateurs viennent ici et là crier leur existence. De cela, je vous laisse le soin de le découvrir.

    Ce troisième roman est dans un registre tout autre que « La liste de mes envies » qui a connu un vif succès l’année dernière, et encore cette année par une adaptation théâtrale. On y retrouve un Grégoire toujours aussi doué de la plume, de la bonne formule, de la mise en mots d’images percutantes. Le style y est plus soutenu, la quête plus profonde. Les personnages sont aussi atypiques que notre Jocelyne, mais certains sont plus torturés. Le mensonge rôde aussi au fil des deux cent soixante quatre pages. De découvertes en pleurs, de peines en rires, d’angoisses en incertitudes, Grégoire nous mène. Et puis, comme toujours, l’amour est là, les âmes se dévoilent et se révèlent au grand jour.

    Un très beau roman qui confirme (même si on le savait déjà) le talent de ce jeune publiciste qui pris la plume un jour, pour nous livrer « L’écrivain de famille », et « La liste de mes envies ». http://aposterioriapriori.hautetfort.com/archive/2012/03/25/titre-de-la-note.html

    Une question à Grégoire « Etes vous un fanatique de Scarlett ? »

    Quelques extraits 

    • Le sucre fait grossir et  fondre la douleur. (p20)
    • Il toussa encore un peu, histoire de gagner du temps, de rassembler ses mots, puis de les assembler en une jolie phrase, comme le  poète. Mais l’âme du garagiste l’emporta. Vous….vous êtes en panne ? demanda-t-il. (p33)
    • Une vague de tristesse reflua, qui fit frissonner Arthur Dreyfuss. Il savait bien de quoi parlait PP. L’impossible. Ce rêve. Le  mythe de la pute, que tous les hommes du monde convoitent et qui le choisit soudain, lui celle qui renonce à tous les autres : trois milliards et demi au bas mot. Grace Kelly avait préféré le prince Rainier au comte Oleg Cassini, à Jack Kennedy (le couturier), à Bing Crosby, à Cary Grant, à Jean-Pierre Aumont, à Clark Gable, à Frank Sinatra, à Tony Curtis, à David Niven, à Ricardo Boccelli, à Anthonny Havelock-Allan, a tant d’autres ; elle avait fait du débonnaire Rainier un type différent un type unique au monde. Elle en avait fait un dieu. (p59)
    • Elle vivait un méchant conte de fées où l’on ne sait plus qui trompe qui du corps ou du désir et qu’au matin, dans ce genre de cruauté, les princes n’ont pas le génie du baiser qui ressuscite, qui ramène la paix, l’envie de vivre et la douceur des choses. Ce sont des matins de tristesse et de solitude. Des matins de douleur. Des matins féroces. Il faut beaucoup de temps aux princesses blessées. (p73)
    • Dis quelque chose. parle. S’il te plaît. Je t’en prie. Ouvre-la. Elle suppliait. Dégueule. Dégueule si tu veux. Vomis-moi si tu veux. Mais ne me laisse pas là. Pas dans le silence maman. On se noie dans le  silence. Tu le sais bien. Dis -moi que ce n’est pas ce que tu me demandes. Dis-moi que je suis toujours ta fille. Le silence possède la violence des mots. (p98)
    • Les doigts d’Arthur, dont la pulpe est étonnamment douce malgré les outils et les moteurs, essuient les larmes de la plus belle fille du monde ; ses doigts tremblent. Pourquoi le bonheur c’est toujours triste ? demande-t-il. (p155)
    • Arthur eut un léger vertige : au-delà du corps prodigieux, Elle était faite des mots qui boulevversent, ces petites chairs impondérables qui sont le poids même des choses. Frémissement/Vent/Univers/Incertaine douleur/Tendresse/Aube. (p200)
    • Elle rouvrit les yeux. Et puis je t’ai vu Arthur, avec cette petite fille, et j’ai voulu ton regard, ce regard-là sur moi, et tu me l’as donné à chaque minute, chaque seconde de ces six derniers jours, et je t’en remercie. Parce que pour la première fois de ma vie je me suis sentie moi. Je me suis sentie heureuse et vivante et tellement propre dans tes yeux. Tellement propre. Tout était si simple, tout allait être si simple enfin. Mais c’est si douloureux maintenant. Je suis si triste. (p229)
  • 10 000 lecteurs = 10 Livres à gagner avec les Editions Flammarion


    Concours A posteriori.jpg

    Vous dire combien je suis super heureuse serait ridicule, car aucun mot ne peut exprimer ce que je ressens.

    Grâce à vous tous, j'ai dépassé les 10 000 lecteurs sur mon humble blog qui grandit de jour en jour. Grâce à Guillaume, Barbara, Kévin, Sophie, Vanessa, Sabrina, Stéphane je me suis lancée dans l'aventure de la blogosphère voici moins d'un an, et jamais je n'aurais pensé en arriver là. 

    Pour fêter ce succès, que je me dois de partager avec vous, je lance donc mon premier jeu-concours.

    A la clé dix livres d'André Boris à gagner pour mieux connaître les signes astrologiques que sont le Lion, la Vierge ou encore le Scorpion. Et tout cela avec la collaboration des Editions Flammarion.

    Pour cela, il suffit de répondre à deux questions (les réponses sont cachées dans mes différentes chroniques), et rédiger un texte de 30 lignes maximum sur le thème "littérature et astrologie". Alors tous à vos plumes !!!


    Les textes des dix gagnants seront publiés ici même

    Question 1

    Quel est le signe astrologique, et l'ascendant de la blogueuse d'a posteriori, a priori ?

    Question 2

    Quels sont les prénoms et noms de la charmante diététicienne que l'on retrouve dans les trois romans d'André Boris ?

    Texte libre (prose, poésie, nouvelle, essai philosophique...Bref, ce que vous voulez) et original sur le thème de "littérature et astrologie", d'une trentaine de lignes maximum.

     

    Répondez à ces questions, prenez votre plume et envoyez un mail à berangere.lanteri@gmail.com ou cliquez sur "me contacter" en haut à droite 

    Les gagnants seront connus le dimanche 01er Juillet... Alors faîtes passer le message, l'information et surtout bonne chance à toutes et à tous !!!


    Et encore 10 000 MERCIS à vous tous, à André Boris et à Guillaume Robert pour sa collaboration et le super flyer.


     

  • Mangez du Lion d'André Boris aux Editions Flammarion

    mangez du lion.pngVoici quelques temps, je vous parlais, vous recommandais sans demi-mesure "Méfiez-vous de la Vierge", et "Attention au Scorpion", les deux premiers romans d'André Boris, parus aux Editions Flammarion

    En ce début d'été, notre auteur astrologue, nous livre un "Mangez du Lion" tout aussi croustillant, léger (mais pas tant que ça) et sentimental. 

    Avant toute chose, ma seule déception (mais pas grande non plus) est de ne pas avoir plus de nouvelles de notre chère diététicienne, Charlotte Ropraz. Elle apparaît cependant ici et là au fil des pages. En même temps, il fallait aussi qu'elle laisse sa place à quelques-uns de ses clients. C'est ainsi qu'Ambre Deschanel, productrice de télé-réalité, née sous le signe du Lion, cliente (ou patiente) de notre chère Charlotte, nous embarque dans son monde de l'audiovisuel.

    L'histoire est bien ficelée, la fin surprenante, et les quiproquos, intrigues sont de mises dans ce troisième opus. 

    Ambre, belle femme, très belle femme, qui a le plus beau postérieur de la capitale, voire de la France, est une femme de poigne, une femme directive, un peu, beaucoup m'as-tu-vu. Au sein de son équipe, une certaine Barbara (pourquoi ce prénom, je me le demande encore), née sous le signe du Gémeaux (tiens pourquoi ?), belle, charmante et qui plus est belle-soeur de Madame Ambre. Deux femmes totalement opposées, liées par le frère d'Ambre, qui vont se cotoyer, faire semblant de s'apprécier, se jalouser mais pas pour les mêmes raisons.

    Evidemment, si deux femmes dans le roman, il faut deux hommes minimum ! Nous les avons en la personne de Paul Martin-Duval dit Vincent, journaliste, ami de l'ex-mari d'Ambre, missionné par ce dernier pour intégrer le lot de candidats qui participera à la dernière télé-réalité inventée et produite par Ambre, en personne. Et puis, le deuxième homme : Jules Merteuil, frère d'Ambre. Vous me suivez ?

    Bref, deux femmes : Ambre et Barbara ; deux hommes : Paul et Jules. Quatre personnages qui évoluent au fil des pages, qui vont s'aimer, se haîr, se tromper, se cacher, se rire de tout, se trahir, se séparer et s'avouer des vérités. 

    Entre Paris, sa province, l'Italie notre quatuor va aller de sentiments en sentiments, de quiproquos en quiproquos, de révélations en révélations, tout cela sous la houlette du caractère bien trempé du Lion.

    Au fil des pages, on sourit, on pense savoir ce qu'il va advenir des différentes situations, mais que nenni ! N'oublions pas qu'André Boris maîtrise l'art d'écrire et de mener son lecteur vers des horizons que l'on ne soupçonne pas. C'est cela le talent d'André Boris. Un talent qui s'épaissit d'opus en opus.

    Une plume qui s'affine, qui étonne aussi. André Boris nous décrit des instants purement féminin avec une précision étonnante pour un homme : les descriptions des tenues vestimentaires, des coiffures féminines, des rituels féminins sont à couper le souffle. Il confirme ainsi mes ressentis de mes premières lectures : Comment un homme peut-il aussi bien connaître le monde féminin ?

    La réponse se trouve peut-être sur la quatrième de couverture où l'on apprend que notre cher André Boris est un insomniaque qui partage ses nuits entre la lecture de Bossuet et le visionnage d'un nombre incalculable de comédies romantiques. 

    Un roman à acquérir à l'approche de l'anniversaire des natifs du Lion, à l'aube des journées estivales. Un roman à emporter à la plage pour passer de doux moments de détente et de sourire. 


    Quelques citations

    Par manque d'assurance la femme Lion a une nette tendance à "exagérer" sa nature, de peur d'apparaître inférieure aux yeux du monde. Au contraire de la femme Gémeaux qui avance son inébranlable estime de soi avec un maximum d'aisance. (p232)

    Les séjours grégaires, si brefs fussent-ils, ont ceci d'instructif qu'ils font ressortir en accéléré la part égoïste de chacun. (p159)

    De son point de vue, les femmes n'ataient ni des muses, ni des guides spirituels, ni tout simplement l'avenir de l'homme. Mais plutôt un égal qu'il convenait de traiter inlassablement comme tel. Et c'est dans cette vision qu'il avait appris à les apprécier plus que la moyenne. (p111)

    John Nollet avait su tirer un immense parti de ses ondulations naturelles, qu'il avait, dans un premier temps, désépaissies puis opposées, en un graphique contraste, à des mèches plus strictement liées (p91)

    Lorsqu'on lui en donnait l'occasion, Vincent ne se gênait pas pour débrider son côté Taureau. Il aimait les plaisirs en général. Et le sexe en particulier. Il se dit à l'instant qu'il serait bien bête de ne pas jouir au maximum de cette situation insolite. (p35)

    Elle appartenait à cette catégorie d'individus qui attisaient naturellement la jalousie de leurs contemporains. Elle cultivait comme personne le "beaucoup trop". "Beaucoup trop" belle. "Beaucoup trop" vivante. "Beaucoup trop" spirituelle. 


    Lien vers "Méfiez-vous de la vierge" http://aposterioriapriori.hautetfort.com/archive/2011/08/07/mefiez-vous-de-la-vierge-andre-boris.html


    Lien vers "Attention au Scoprion"

    http://aposterioriapriori.hautetfort.com/archive/2011/09/18/attention-au-scorpion-andre-boris-flammarion.html


    Mangez du Lion d'André Boris aux Éditions Flammarion au prix de 18 euros (en moyenne)

  • La meilleure façon de s'aimer d'Akli Tadjer - Editions JC Lattès

    meilleure façon d'aimer.jpgEn décembre 2011, je vous faisais part des nouveautés littéraires attendues pour janvier 2012. Parmi elles, "La meilleure façon de s'aimer" d'Akli Tadjer, auteur que je n'avais jamais lu.
    Les aléas de la vie font que j'ai lu ce roman en février 2012, mais j'étais dans l'incapacité d'écrire un billet sur ce livre bouleversifiant. Les jours ont passé, entraînant avec eux les semaines, puis les mois, et toujours pas de chronique. 
    Et pourtant, j'en crevais d'envie, mais tout s'entremelait dans ma tête, dans ma zone de Broca.
    Le temps estompe, le temps permet de prendre du recul, et me permet donc de vous livrer ce petit billet sur un grand roman qu'est "La meilleure façon de s'aimer", Éditions Jean-Claude Lattès.
     
    283 pages d'émotions, oui c'est possible. 283 pages que l'on corne, que l'on déguste, que l'on sirote. 283 pages partagées, puisqu'il s'agit d'un roman à deux voix. La voix du fils, la voix de la mère. 
    Le fils, la trentaine, parisien, fils d'immigrés d'Algérie. La mère clouée sur son lit d'hôpital suite à un AVC. Au fil des chapitres, ils vont se livrer sur leur vie passée, leur vie présente et leur vie future. 
    Lui, aime sa mère, plus que tout. Elle, aime son fils mais fait preuve d'une grande maladresse pour lui dire. Maladresse que l'on comprend au fil des pages, et qui sera toute excusée.
    Et puis un secret, un lourd secret dont le fils ignorera, jusqu'à la fin, l'existence, mais qui n'empêchera point l'explosion des sentiments, et cette manière forte et unique de dire je t'aime. 
     
    Saïd, le fils, est courtier dans une compagnie d'assurance, jusqu'au jour où il est licencié pour cause de restructuration de l'entreprise. Une perte d'emploi qui va lui permettre de veiller un peu plus sa mère. Sa mère, cette femme belle, admirable, intelligente, qui a été victime d'un AVC un certain dimanche du couscous. Saïd ne cesse de croire en la guérison de sa mère, cette femme qu'il aime. Tous les jours, il lui rend visite à l'hôpital, elle ne peut plus parler, ne communique plus avec le monde extérieur, jusqu'au jour où, enfin, elle bouge un doigt (son index). L'espoir renaît chez son fils. Maman reviendra comme avant, le traitera de nouveau de grand couillon. Il y croit Saïd. 
    Entre deux visites, Saïd se perd dans les bras de Clotilde, une professeur de lycée, rencontrée un soir de la Saint Sylvestre. Tous les deux s'aiment, mais mal. 

    "J'aime Clotilde. Elle aussi. Mais on ne sait pas s'aimer. On se dispute pour des riens et lorsqu'on ne se dispute pas c'est tout aussi éprouvant" (p18).

    Saîd entretient donc une relation amoureuse en dents de scie avec Clotilde, mais une belle histoire car l'un et l'autre sont présents en cas de nécessité. Une présence souvent charnelle, mais au fond tant nécessaire à tout commun des mortels 

    "J'ai téléphoné à Clotilde. Je voulais lui faire l'amour, me perdre dans ses bras et m'endormir auprès d'elle. C'était salement égoïste mais cette nuit-là je me sentais salement seul." (p84) - "J'avais envie que l'on m'aime, une minute, un soir, une seconde, je voulais me réchauffer dans les bras de Clotilde et l'entendre me dire que sans moi la vie n'était pas la vie."(p216)
     
    Fatima, la mère, est alitée sur son lit d'hôpital. Elle aime Mme Sorel, l'infirmière douce et humaine, qui fume sa cigarette dans la chambre après avoir fait les soins nécessaires. Mme Sorel et Fatima, une belle rencontre, et de la tendresse entre ces deux femmes, malgré l'absence de mots pour communiquer. La plume d'Akli Tadjer est forte, puissante
    Fatima, nous parle, à nous lecteurs, pour nous dire tout ce qu'elle voit, ce qu'elle entend, elle nous plonge dans son passé, son vécu en Algérie, ses épreuves de la vie. Et puis, elle nous intrigue avec la petite fille en robe jaune. Cette petite fille en robe jaune est le fil conducteur de toute l'histoire de ce roman. 

    "J'avais cinquante ans, déjà. J'étais veuve depuis huit ans, j'avais mes cassettes de musique et un fils de vingt ans pour me tenir compagnie. Le reste, il n'y avait pas de reste. Je vivais au jour le jour à l'instinct comme un animal et ma vie était rythmée par le tintamarre des rames de métro que je prenais matin et soir pour faire mes ménages aux quatre coins de paris. Ce n'était que ça ma vie. " (p194) 

    Elle est touchante Fatima, on a envie de lui tenir la main, à notre tour.

    "Je suis sans volonté, sans énergie, molle. Voilà, je ne suis qu'une chiffe molle. J'ai la certitude que c'est le nouveau traitement pour faire baisser ma tension qui m'engourdit le corps et m'endort la mémoire. Le corps, ça m'est égal, je n'attends plus rien de lui mais ma mémoire c'est mon unique trésor." (p223) 

    Elle est une femme qui s'assume. Un mariage avec Ali suite à son exil de son pays pour Paris. Et puis la naissance de Saïd, et le décès d'Ali, et cet homme, Monsieur Tesson,  dans lequel elle se perdra quelques minutes, quelques heures.
     
    "Il m'avait étreinte dans ses bras et les yeux dans les yeux il m'avait susurré que j'étais la plus belle femme qu'il ait jamais serrée dans ses bras. Mes yeux se sont embués de larmes ; j'étais foutue. Nous nous sommes revus. Nous nous sommes aimés, je crois." 

    Fatima, une femme généreuse, intelligente, qui garde un lourd secret au fond d'elle. Secret qu'elle nous livre, à nous lecteurs, mais que son fils ne saura jamais. 
     
    Le lecteur est le témoin d'une histoire entre un fils et sa mère dans des conditions peu agréables. Qui aimerait veiller un de ses parents sur un lit d'hôpital, sans savoir ce qu'il adviendra de demain? Et puis, le lecteur est tour à tour dans les sentiments de Said, et dans ceux de Fatima. Un bateau pirate des sentiments qu'est ce livre. 
     
    Mon coeur fait des hauts et des bas, des larmes coulent sur mes joues à la lecture de certains passages qui vous prennent les tripes et vous renvoient, inévitablement, à un déjà vécu. 
     
    La puissance de la plume d'Akli Tadjer est un tsunami d'émotions. La réussite de ce roman est aussi dans cette faculté à passer des larmes aux rires, de la compassion à la colère, de la tendresse à l'amour charnel, de la peur à la quiétude. Une valse d'émotions. L'auteur a cette capacité de décrire tant un paysage d'Algérie, qu'une scène d'amour, qu'un acte médical, qu'une errance humaine, le tout avec un touche d'humour, qui ne me permet pas de tomber dans le pathos. 
     
    Bravo Monsieur Tadjer pour ce dernier roman qui ne peut que toucher l'âme de vos lectrices et lecteurs. 

  • Il était une fois...peut-être pas d'Akli Tadjer - Editions JC Lattès et Pocket

    il etait une fois 2.jpgDe mes différents achats au Festival du Livre de Nice, j'ai opté en première lecture pour "Il était une fois..peut-être pas" d'Akli Tadjer.

    Motivée  par ma rencontre avec l'auteur, par le titre qui attise la curiosité, et pour son format poche.

    Ce roman date de 2008, paru aux éditions Jean-Claude Lattès, et a reçu le Prix des lectrices aufeminin.com

    Il est de ces rares romans en ma possession qui en fin de lecture se retrouve avec autant de pages cornées. Signe qu'Akli Tadjer sait juxtaposer les mots avec art, maîtrise avec force et émotion l'art de conjuguer les noms, les verbes, les déterminants pour laisser à son lecteur trace d'une multitude de sentiments, de ressentis.
     
    Mohamed a quarante-deux ans. Vit seul avec sa fille Myriam. Ne vit que pour sa fille. Le décor est planté à Paris, avec en toile de fond l'Algérie, et le village de Beni Amar. 

    Myriam quitte un jour son père pour suivre ses études à Toulon. Elle est passionnée de voile, de mer, et de liberté. La séparation est difficile pour Mohamed, ce père attachant et attaché à sa fille unique. 

    "Pour moi ce fut le début de longues soirées à compter les heures, les minutes, les mouches au plafond, à attendre ses coups de fil, à lui demander si elle avait bien mangé, bien dormi, si elle n'avait pas froid, pas chaud,à lui demander si je ne lui manquais pas trop, à lui rappeler que c'était bien ce week-end qu'elle remontait à la maison....J'espérais qu'elle me dise "J'en ai assez des bâbords, des tribords, des vents debout, je rentre au port..." Mais rien ne s'est passé comme ça. On se faisait des mamours. On se répétait qu'on s'aimait.on se jurait qu'on se manquait vraiment. Et on se disait à la prochaine fois." (page 19)

    Puis comme toute jeune fille, Myriam présente son amoureux à son père. Un amoureux qui se prénomme Gaston, mais qui sera Gus pour Mohamed. Gus : un surnom un peu impersonnel, voir moqueur. Pas évident pour un père de voir sa fille chérie s'enticher d'un autre homme. Tous les pères et toutes les filles nous confirmeront cela. Mais Mohamed est intelligent et comprend que sa fille doit vivre sa vie. 

    "Eh oui, Mohamed ! C'est dans l'ordre des choses de voir partir ceux que l''on a chéris toute sa vie... Personne n'appartient à personne..Il n'y pas d'amour, il n' a que des preuves d'amour...Aimer c'est ne pas posséder..Aimer c'est savoir souffrir. Aimer c'est... J'ai enfilé d'autres perles de même calibre. Je n'ai pas poussé plus loin la réflexion parce que ça ne me grandissait pas le moral toutes ces élucubrations." (page 11)

    Au fil des pages, des mots, Mohamed va accepter la présence de Gus sous son toît, malgré l'absence de Myriam repartie dans la rade toulonnaise pour poursuivre ses études. Sauf que, les choses ne vont pas se passer comme on pourrait le croire. Myriam va rencontrer un Iman en devenir à Toulon, laisser Gus, l'abandonner. Mohamed se retrouve donc avec un ex-futur gendre sous son toît, un gus qui n'a pas de famille, et une fille qui s'entiche d'un Malik qui ne correspond pas vraiment aux attentes de Mohamed. Il ne comprend pas comment sa fille a pu tomber dans les griffes d'un tel personnage. Certes ils sont d'une famille algérienne mais comme le dit Mohamed

    "Je l'avais instruite du SMIC religieux, pas plus : ne pas voler, ne pas tuer,ne pas mentir, ne pas trahir, respecter son prochain. Du commun boniment, quoi. Je l'ai priée de bien réfléchir avant de s'engager dans une autre aventure car les hommes de foi que j'avais connus n'étaient pas de grands comiques, encore moins d'ardents défenseurs de la liberté des femmes."

    Une relation particulière mais tendre va se créer entre Mohamed et Gus, et pour faire face au nouveau chemin qu'a décidé de prendre Myriam, Mohamed s'entoure de nouveau de Bla-Bla, Cruella et Lucifer, les peluches de Myriam. Il s'entoure de ses bouts de chiffons, de ses témoins de l'enfance vécue dans cet appartement parisien, mais surtout elles sont, dorénavant, son public. Oui, elles écoutent Mohamed, grand orateur et grand conteur, de "Il était une fois..peut-être pas". 

    Cette formule maintes fois dites par Mohamed à sa fille Myriam. Depuis toujours, il lui contait Awa, Kamel,Marion, Simon,  Barbara, Chems, Madeleine, Simon... Des histoires d'amour, de guerre, d'Algérie, du bled où tous ses personnages s'entremêlent. Des contes, qui ne sont pas peut-être pas des contes, d'où "Il était une fois...peut-être pas". Myriam partie, Mohamed continue à conter, à narrer, à raconter, à témoigner sous fond de guerre d'Algérie les contes sous l'oeil du Grand IL, le Samu de ces nuits blanches.
     
    Mohamed nous embarque tantôt à Paris, dans sa vie de tous les jours, tantôt en Algérie, à Verdun. Le lecteur est bercé d'un monde à un autre, et puis les deux mondes se rencontrent, et on comprend alors. On comprend alors Mohamed, cet homme si paternel, si protecteur, mais un homme qui est capable d'aimer une femme autre que sa fille, sous les traits de Rachel, un homme qui va au bar, joue aux cartes, assume son boulot d'artificier. Mohamed, un homme touchant que l'on peut croire imperméable aux sentiments et aux émotions au cours des premières pages, mais que Nenni !
    Myriam se laissera-t-elle aller à son histoire d'amour avec Malik, cet Iman en devenir qui peut paraître fou et extrémiste ?
    Et Gus qu'adviendra-t-il de lui ? Saura-t-il oublier Myriam, son amour, pour qui il a renié ses parents ?
     
    il etait une fois.jpgSous la plume d'Akli Tadjer vous saurez ce qu'il en est, vous irez de surprise en surprise, mais surtout au fil des pages, on est pris dans le sentiment paternel, le sentiment amoureux, entre deux crises de fous-rire car cette plume est teintée d'humour. Les mots sont doux, sont crus, sont recherchés, sont tirés de l'argot et du Littré. C'est tout cela le talent d'Akli Tadjer au-delà de cette facilité et limpidité à lire son roman.
     
    J'ai frissoné en lisant ce roman, j'ai aussi eu des moments de dégoût (la description des tortures). De la douceur s'est infiltré en moi, des larmes ont perlé sur mes joues, prenant naissance dans mes yeux mais  dans mon coeur aussi, puis mes lèvres ont dessiné des sourires. Car on ne peut être insensible à Mohamed, à cet homme complexe, mais au fond si simple mais surtout d'une intégrité et d'une humanité rare. On découvre un homme avec ses forces et ses faiblesses, avec sa pudeur de mec. 
     
    En refermant ce livre, il est revenu à ma mémoire quelques moments partagés avec mon papa (trop tôt disparu), mais il m'est aussi apparu le sens que l'on peut donner à sa vie par des faits et gestes simples. Simplement en étant soi, en tolérant, en ne jugeant point.
    Un roman fort, qui parle tant du sentiment paternel qu'amoureux, qui parle du feu d'artifice du 21 juin et des différentes guerres, qui parle de l'indépendance de l'Algérie, des modes de vie différents, mais au fond l'amour de son prochain n'a point de frontière, et l'humain existe encore.
     
    Un très beau roman que je vous recommande.
     
    Quelques citations :
     
    Fais gaffe, p'tit con. L'espoir fait vivre. Il y en a plus d'un qui s'est fait couillonner comme ça. (page 218)
    Donc on était là, il me tenait compagnie, je lui tenais compagnie. On était la somme de deux solitudes. (p 218)

    Je suis mieux que son père. Je suis sa vie. Elle est ma vie. (p 211)

    Elle était pomponnée façon niçoise : fard à paupières bleu, sourcils soulignés au crayon noir, lèvres et ongles peints du même carmin (p115) 

    Sûrement qu'il me faudrait quelques jours pour l'oublier, j'ai pensé. Il m'arrive d'avoir des coups de chaud comme ça, et avec le temps je finis par refroidir. Il m'arrive..mais là,je n'étais pas très optimiste à mon sujet. J'avais à l'idée quej'en avais pour un moment avant qu'elle ne devienne que le fantôme d'un dimanche de juin. (p99)

    C'était une jeune fille d'une beauté comme on avait rarement l'habitude de voir dans ces bleds paumés au trou du cul du monde. elle avait les yeux bleus comme une mer d'été, les cheveux blonds comme des épis de blé et sa peau était blanche comme... - Une endive, quoi. - Ne sois pas jalouse; Il y a de très belles endives (p81)